Suivez les conseils de Providence futée !

 

 

 

Les chemins de St Jacques ne ressemblent pas encore aux foules de pèlerins se pressant autour de la Ka’aba à La Mecque, et les embouteillages ne s’y rencontrent guère qu’à l’entrée de certains gîtes en pleine saison de migrations spirituelles. Pourtant on rencontre de ci, de là, sur les chemins des blogs et forums, des pèlerins suggérant des itinéraires « bis », moins fréquentés que le « Camino Francès », devenu il est vrai « Autovia de Santiago » ! Témoin, cette pèlerine conseillant d’aller plutôt à Rome, par une Via Francigena désormais « bien balisée ». Aucun risque de se perdre, tous les chemins y mènent ; ce n’est pas une blague mais bien une réalité que l’on constate sur le terrain ! De fait j’en revenais lorsque je découvre son conseil. Serait-il arrivé trop tard, ou l’aurais-je anticipé ? Peut-être bien qu’il m’avait été suggéré avant même d’être édicté, tant les conseils de la Providence sont de l’ordre de l’intemporel, mais pour nous seulement décodables a posteriori

Car ce chemin, que j’ai voulu placé entre les mains de la Providence dans ma prière, fut bien Chemin de Providence ! Là il ne s’agit plus de pub pour la Via Francigena ou autre ; on entre dans le domaine de l’universel et du particulier à chacun. Je ne citerais que deux « clins Dieu » :

Le premier au tout début, au sortir d’une grande ville, par la Via Romana, la Voie de Rome comme on l’appelle ici, un axe historique désormais livré au trafic et sans alternative parallèle en zone périurbaine : au pays des grosses bagnoles noires où le marcheur est un déséquilibré (ce qui est juste : « la marche est un perpétuel déséquilibre »), on vous frôle et rase dans l’indifférence apparemment la plus totale : çà vous démoralise d’emblée ! Soudainement une bagnole pile et se gare sans plus de précautions : cherchant encore à voir un peu le bon coté des choses je me dis « en voilà au moins un qui s’arrête pour téléphoner » et « heureusement qu’il était du coté opposé, sinon, il m’emboutissait » ! La femme ouvre sa vitre et me crie par-dessus le trafic : « Pellegrino ? Il Signore è con te ! » (Pèlerin ? Le Seigneur EST avec toi !), puis se réinsère à l’italienne dans le trafic. Cà ne pouvait se passer que là et maintenant ! Au moment où l’on part d’emblée démoralisé à l’idée que tout le pèlerinage va se dérouler dans le bruit et la tension, cette femme, visiblement pleine de foi puisque bien protégée elle-même par son ange gardien, devient véritablement ange elle-même, messagère de Dieu. Pas au subjonctif : là, maintenant, au présent, alors même que j’avais commencé par reléguer la confiance au placard, elle vient remettre les choses à leur juste place et réveiller l’espérance et la vérité : le Seigneur est avec toi dès ces premiers pas, même si tu l’as déjà lâché, maintenant et pour toute la suite (çà ne vous rappelle pas une histoire de traces de pas dans le sable ?) !

Comme pour le confirmer, c’est à la dernière étape que vient s’épanouir l’admirable chemin de la Providence à mes cotés. J’étais alors sur un itinéraire « plus que bis », vers Assise : pas de « culture pèlerine » dans le coin, peu d’hébergements, et ceux indiqués dans le topo-guide vous laissaient parfois à la porte ou répondaient absent. C’était le cas ce dernier soir : j’avais déjà dû allonger plusieurs fois les étapes, changer d’itinéraire, pour trouver un hébergement « non touristique ». Mais à la paroisse où les pèlerins du coin faisaient généralement étape, personne ne répond, pas même la « secrétaire téléphonique » comme les italiens nomment le répondeur. Je cherche dans un annuaire et trouve un autre numéro : même silence. Je tente, en désespoir de cause, d’appeler à la paroisse du village suivant, où le guide n’indiquait aucun hébergement : je tombe sur Cristina, secrétaire enthousiaste, qui en 5 minutes a convaincu le curé, s’inquiète de savoir comment je compte rejoindre Assise à 30 km sans véhicule, puis ayant compris (au risque de l’infarctus !) que j’ai déjà quelques centaines de kms dans les pattes et que je touche au but, propose de mettre à ma disposition un canapé à l’oratorio (sorte d’aumônerie pour les enfants), en informe toute l’équipe d’animation, fait défiler « celui qui arrive à pied de France » devant tous les jeunes, m’invite à me doucher chez la voisine en attendant que l’oratorio soit libre, puis à dîner chez elle (cette femme, qui ignorait complètement ce que pouvait être que de faire 250m à pied, savait sans expérience ce qu’étaient mes besoins, et bien plus). Sur la porte de l’entrée, l’icône de l’hospitalité d’Abraham ; en entrant, la Bible ouverte devant soi ; sous le même toit grands-parents et oncle ; son mari, qui se prépare au diaconat, m’accompagne à la messe où je reçois le meilleur accueil du jeune prêtre et de la communauté; les enfants, une handicapée motrice et une jeune trisomique (qui ne voudra plus me laisser partir) adoptées, et un grand ado qui me dévisage (avec beaucoup de sympathie) comme un extra-terrestre, me demandant « mais, si quelqu’un te propose de monter dans une voiture, tu n’acceptes même pas ? » ou « mais tu n’as même pas un truc à te mettre dans les oreilles pour écouter la zique en marchant ? ». De retour de la messe, des gens avaient amené providentiellement un plateau d’œufs, et à l’immense tablée s’est joint encore l’autre jeune curé, qui m’explique que si personne ne répondait au village précédent, c’est que les deux nouveaux prêtres habitaient désormais ici dans le cadre d’un regroupement paroissial. Et donc IL FALLAIT que j’accepte de passer par ce silence et cette incertitude pour aboutir à ce banquet du Royaume des cieux que m’offrait la Sainte famille de Cristina et Paolo ! On ne peut pas passer à coté des anges placés sur notre chemin de foi et de désespérances !

Le lendemain je réalise (comme Jules Verne) qu’à force de « petits coups de pouce » du genre, j’arrive au but, Assise, avec un jour d’avance. Une journée offerte pour déguster Assise sans sac, et revoir un vieil ami dans les environs ! Encore une surprise et encore encore un cadeau de Dieu, qui, si je l’eus planifié ou provoqué, ne m’eut sans doute pas été offert ! « Dieu écrit droit avec des lignes courbes » ; suivez le balisage de la Providence !