Le pèlerin doit-il
emmener des préservatifs ?
Le Pape a déclaré 2010
Année sainte jacquaire. Peut-être se rendra-t-il à Santiago à cette
occasion ? Il serait alors étonnant qu’il n’y ait pas quelque journaliste
en mal de polémique à deux balles pour le brancher sur la sempiternelle
question du préservatif… Alors anticipons ce débat crucial : le pèlerin
doit-il oui ou non emmener des préservatifs ? Verra-t-on un jour la capote
accrochée au bourdon à la place de la calebasse ? Le Pape ira-t-il
déclarer dans un quart de phrase déformée et sortie de son contexte que
« le pèlerinage aggrave le Sida » ? La ville de Condom sur la
Voie du Puy doit-elle distribuer gratuitement des « condoms » à tous
les « pilgrims » ? Doit-on installer
des distributeurs tous les 100m sur le chemin ? Quant on voit comment ont
fleuri les distributeurs de Coca-Cola, qui ne sont pourtant guère vitaux pour
le pèlerin, on peut se poser la question…
A l’heure où le pèlerin arrache les
pages de son guide à chaque étape pour « gagner du poids » il est
clair que la question de se charger ou non d’un tel objet encombrant est un
argument de poids ! Mais redevenons sérieux : il est clair que le
pèlerin est dans une logique de dépouillement. S’il n’y est pas, il y entrera
pas à pas chemin faisant. Il apprendra le poids de la canette de Coca et sa répercution sur l’environnement pèlerin s’il la jette au
bord du chemin pour « s’alléger »… Il découvrira peut-être aussi
qu’un petit verre de Rioja local à l’étape passe mieux qu’un soda gazeux de
multinationale. Avec un impact écolonomique bien plus
intelligent. Mais d’autres pousseront l’ascèse plus loin. Sexuelle peut-être
car la marche mobilise le corps autrement, et même si la drague existe bel et
bien sur le chemin, la vie communautaire et l’esprit du pèlerinage génèrent
d’autres comportements, moins individualistes et plus tournés vers l’autre dans
son intégrité : en-visager l’Autre et non le
dévisager.
De manière plus ostensible on voit
aussi beaucoup de pèlerins pratiquer une ascèse alimentaire, qui s’ajoute à
l’ascèse globale du chemin (accommodation à un confort réduit, écoute
patiente du corps, solitude, recentrage des pensées…): se contenter de peu,
réduire ses besoins, partager, voire un pari plus risqué dans l’effort physique
et sur soi-même : le jeûne de longue durée. N’oublions pas que jeûne et
pèlerinage sont deux piliers de l’ «effort spirituel » chez les
musulmans, le véritable « jihad ». La
démarche pèlerine devient ainsi précurseur de cette nécessaire idée de
« décroissance » qui commence à entrer dans les mœurs : se
dépouiller pour se recentrer, s’appauvrir pour partager… Des idées qui
reviennent providentiellement à la mode dans le tohu-bohu écologique ambiant,
mais qui ne datent pas d’hier. Est-ce parce qu’elles résonnent de mille échos
depuis 3000 ans à travers la Bible qu’on les avait un peu mises de coté avec
le Livre ? Ou parce qu’elles ne sonnaient pas alors à la mode ? Et qu’on
avait par conséquent relégué un peu au placard les grands appels spirituels de
tous les temps à réveiller l’humanité endormie ? Il est grand temps de sonner
le réveil, de rouvrir le Livre ! Consommation rime avec léthargie ;
mais Dieu travaille la pâte qui dort, il est ferment qui fait que dans chaque
situation croupissante savent se lever des éveilleurs, des prophètes qui osent
infléchir le cours des eaux stagnantes pour faire bondir l’eau vive ! Les
pèlerins sont de ceux là ! « Suseïa »
crient-ils, « Plus haut ! », « Deus adjuva nos »,
« avec l’aide de Dieu ! ».
Et le pèlerin est contagieux ! Dans
un précédent article je rappelais son statut de migrant, de pigeon voyageur,
qui en fait un propagateur potentiel ! La pandémie pèlerine est un vecteur
de contagion digne d’inquiéter les politiques sécuritaires les mieux
installées ! Le pèlerin peut véhiculer le sida comme la grippe H1N1 ;
des parasites plus gros comme la punaise de lit s’accrochent
à lui en quête de nouvelles couches… Mais il ne véhiculera pas les fléaux que
sont l’immobilisme, l’inertie, la peur de la responsabilité, la
neutralité-refuge, la crainte de l’autre et du lendemain. Si vous avez peur
d’attraper ces gangrènes, pensez à emmener le préservatif qui vous en
protègera ! Il ne véhiculera pas davantage l’indifférence d’esprit ou religieuse.
Son virus est bénin, il fait le bien ! Il doit opter, oser, aller de
l’avant, croire ; il doit être chaud ou froid, jamais tiède ; son Oui
est un Oui, son Non est un Non, constructif, bâtisseur, guérisseur. Sinon il
restera figé sur place, enlisé dans les marécages des eaux croupissantes. Non,
le pèlerin est fait d’eau vive et de vent ; là où il passe il
purifie !