L'ADSL est forcément gratuit et
illimité
On vous vend ces temps de l'ADSL à toutes les sauces, comme on vend l'hospitalité sur les Chemins de pèlerinage… C'est de l'escroquerie, car l'un comme l'autre sont par définition offerts. En fait, bien peu de monde sait ce que veut dire ADSL (on vous vendrait de l'ABCD ou du WXYZ que çà s'achèterait aussi). Eh bien, l'ADSL c'est tout simple, ce n'est rien d'autre que l'Amour Divin Sans Limite ! Il est donc par définition illimité et par essence totalement gratuit ! Et c'est du Très Haut Débit, du très très haut débit, d'un débit infini dont nul n'est débiteur…
L'illustration même de cet Amour de Dieu Sans Limites est bien sûr son incarnation: être Dieu, immortel, tout puissant, et aller jusqu'à se faire homme, vulnérable mortel, pour le ramener à Lui, à l'immortalité, il fallait oser ! Et il n'y a que le Dieu des Chrétiens pour avoir osé un tel cadeau !
Une
autre illustration m'est venue à l'esprit en tombant sur cette incroyable
fresque de la chapelle de Bessans en Haute-Maurienne. Elle ne se trouve pas sur
un Chemin de pèlerinage (et encore moins sur un Chemin jacquaire), car en fond
de Vallée Alpine, mais a certainement été influencée par le passage des
pèlerins Romieux à travers le Col du Montcenis
voisin.
Les fameux "pèlerins d'Emmaüs" (récit dans l'Evangile selon St Luc, 24,13-35) ne ressemblent en rien à des pèlerins (hormis l'auréole des Saints), alors que le Christ revêt les attributs du pèlerin de St Jacques, cape, chapeau, bourdon et même la coquille ! Voilà qui peut sacrément nous faire réfléchir !
D'abord ces pèlerins, qui marchaient tout penauds sans le Christ, et qui n'ont pas le look de pèlerins. Seraient-ce de "faux pèlerins" ? Non, puisque dans leur (dé)marche ils ont été rejoints par le Christ et l'ont accueilli, ont partagé avec lui et lui avec eux, s'en sont retournés vers le Sanctuaire ensuite… Mais certainement qu'ils nous enseignent que l'habit ne fait pas le pèlerin, et la coquille non plus ! On en voit volontiers partout des "faux pèlerins" de nos jours, et l'on a de suite catégorisé le pèlerin qui frappe à notre porte au premier coup d'œil; parce que notre centre de référence est toujours nous-mêmes… Mais il y a des "faux pèlerins" coquillés comme il y en a d'authentiques qui ne marchent même pas… Le "vrai pèlerin" est finalement peut-être celui qui se déguise le moins… Il est surtout celui qui se laisse rejoindre par le Christ, l'accueille, et partage avec lui, et reçoit alors bien plus que ce qu'il a partagé: la lumière et le pain de vie ! On part volontiers en "aspirant-pèlerin": le titre de pèlerin, que l'on a des fois du mal à se donner, et c'est tant mieux, est surtout de l'ordre de la revendication, du désir. Ce n'est qu'au retour, revenu vers l'Est (l'Orient, symbole de la Résurrection), tout joyeux et le cœur brûlant d'avoir été rencontré, que l'on est vraiment pèlerin (muni ou non de sa coquille sortie des eaux du bout du monde, symbole de vie nouvelle).
Mais ces pèlerins d'Emmaüs, qui sont-ils au fait ? L'un s'appelle Cléophas, l'autre est un disciple non nommé; il n'est pas interdit d'imaginer qu'il puisse même être Jacques. Mais alors, St Jacques sans ses attributs et le Christ en St Jacques ? Ce serait un bel exemple de l'effacement du disciple devant le Maître ! Le fougueux St Jacques serait devenu un individu lambda et anonyme… et nous signifiant que ce 2e compagnon lambda, ce pourrait aussi être nous…
Et le Christ en St Jacques, le Maître revêtu des attributs de son propre disciple ? Là aussi, effacement ! Quel effacement ! Un de ces incroyables renversements de valeurs des Evangiles illustré autour d'un bon gigot et d'une rasade de Rioja !
Cette fresque nous dit que le Christ est pèlerin: l'évidence transparait de chacun de ses déplacements: il faut relire l'Evangile comme un journal de route du Christ, de ses faims, de ses soifs, de ses fatigues, de ses prières et états d'âme, de ses rencontres surtout ! Et que le Christ est peut-être le seul vrai Pèlerin (le terme entendu en opposition à "faux pèlerin" est odieux, mais il vaut dans le sens de Vérité tout entière, référence parfaite, plénitude de la stature du Pèlerin. Venu de Dieu, effacé sur terre tout en étant pleinement enfant et marcheur de Dieu, et retourné au Père, il a accompli le plus formidable pèlerinage qui soit, celui que nous sommes tous appelés à faire, enfants de Dieu, passants sur cette terre, et appelés à rejoindre Dieu, comme le dit cette très belle "Prière du pèlerin de la montagne":
Seigneur
Jésus,
Toi
qui as fait un si long déplacement d'auprès du Père
pour venir planter ta tente parmi nous;
Toi
qui es né au hasard d'un voyage,
et as couru toutes les routes, celle de
l'exil,
celle des pèlerinages, celle de la
prédication […]
Toi
qui as pris si souvent le chemin de la montagne,
pour trouver le silence, retrouver le
Père;
pour enseigner tes apôtres, proclamer les
béatitudes;
pour offrir ton sacrifice, envoyer tes
apôtres,
et faire retour au Père […]
fais de moi un pèlerin.
Jésus trace le Chemin, est le Chemin; il est le
pèlerinage de Dieu ! Et si Dieu a choisi de faire le pèlerinage vers nous,
c'est que nous sommes son Sanctuaire ! Voilà l'Amour infini ! Et ce n'est pas
la moindre des responsabilités pour nous !
Et cette fresque nous dit peut-être surtout que le pèlerin est le Christ. Si les deux disciples n'ont pas l'attribut des pèlerins, ce n'est pas pour faire une distinction entre pèlerins. C'est plutôt pour centrer notre regard sur cette réalité: le pèlerin c'est le Christ. Les grands fondateurs l'avaient déjà pressenti, St Bernard de Menthon plaçant comme devise de l'Hospitalité "Ici le Christ est adoré et nourri", ou Saint Benoît demandant à ses moines d'accueillir le pèlerin comme le Christ.
Ce qui nous met de nouveau en situation de responsabilité: pèlerin, en être digne. Savoir rejoindre les autres en marche, savoir rester avec eux dans les crépuscules, savoir éclairer et se faire reconnaître…; hospitalier, servir le Christ dans le pèlerin. Et ne jamais oublier que nous sommes à la même table, tous Saints et… affamés !